Petite mort

Leur relation pouvait être qualifiée d’oxymoresque . Tout comme un clair-obscur, un silence assourdissant , ils alternaient des crises épanouissantes , des rémissions tempétueuses, des accalmies belliqueuses.

Ils se faisaient l’amour en violence et se baisaient voluptueusement: un amour libre, léger et généreux, l’amour sombre, jaloux et infidèle, la baise tendresse, pulsion, baise païenne, mystique, pudique , amour pervers, l’amour à mort à vie.

Leurs mains, leurs bouches, leurs sexes s’entremêlaient . Leurs corps, leurs mots alors se battaient en une joute lubrique et câline. D’indécentes postures offraient au regard de l’autre l’exhibition d’une intimité moite, humide ou déjà trempée de l’expression du désir : vulve bavant de cyprine, précum perlant du gland turgescent .

Il aimait qu’elle lui parle pendant leurs jeux sexuels, qu’elle le baise de ses lèvres du haut par les mots tout en le circlusant par celles du bas. Elle le touchait, l’encerclait, l’entourait ,en de savantes paroles caressantes, excitantes comme si sa langue léchait directement son cerveau . Elle l’amenait ainsi à la jouissance , à la petite mort . Oh oui mourir de plaisir; plus fort que l’extase, l’épectase , l’expectation de dépasser le 7eme ciel et rejoindre le paradis ou l’enfer dans un dernier orgasme où le cœur explose.

Plus que les mots, il aimait quand elle ne pouvait plus articuler et que de ses lèvres ne s’échappaient plus que des soupirs, des petits gémissements , des cris rauques , des hoquets de plaisir . Il adorait la faire vibrer jouer de son corps comme d’un instrument , en faire jaillir une musique sexuelle , une symphonie charnelle et impudique. Il était aux anges quand elle devenait chef d’orchestre et qu’elle menait la danse. Oh oui elle devenait chorégraphe d’un ballet quand elle le prenait en bouche . Elle alternait  avec gourmandise des séquences lentes et subtiles . Sa verge tendue devenait flûte traversière sous les coups de langue, le glisser des lèvres .Il était corde de violon prête à rompre sous les vas et vient de l’archet le pinçant, le frottant, le caressant. Elle jouait de sa hampe gobant, suçotant , tétant , l’aspirant et la refoulant . Tango, swing, foxtrot, twist, paso doble, polka et gigue. Du quick step ou slow fox , elle ne lui épargnait aucune passe , ménageant quelques pauses pour mieux reprendre en bouche la cavalcade . Tenaillé entre un final spasmodique ou l’envie d’inverser les rôles dans un porté, un pas de deux , il tanguait , hésitait et agissait.

A son tour de la gouter, la déguster à petits coups de langue ou plus passionnément , plus lubriquement la brouter, la bouffer, la dévorer . A lui maintenant d’enfoncer sa langue, la défoncer goulument, sentir sa mouille, son nectar , son fluide intime dégouliner sur ses lèvres, imprégner sa barbe de ses saveurs iodées, acidulées , aigre-doux. Rien ne l’excitait plus que de sentir son clitoris grossir, s’épanouir quand il le flattait, le happait . Combien de fois avait-il fait appel à cette vision érotique de sa chatte aux lèvres sombres  entrouvertes , de son clitophallus rose et turgescent surmonté de son joyau précieux , perle irisée opalescente.

Elle ne s’expliquait pas cette fascination qu’elle avait pour lui . Un regard, un mot ou juste l’effluve de son parfum, son odeur corporelle la mettaient dans tous ses états . La distance, l’absence ou son silence n’effaçaient pas les stigmates dans son  esprit et  son corps d’une excitation en impatience contrôlée , en attente fébrile de leurs instants présents intenses .

Ces deux-là semblaient en insatisfaction permanente , en état de faim perpétuelle. Leurs corps paraissaient inassouvis ne souhaitant, apres un temps de récupération,  que de s’emballer de nouveau . L’envie et le désir qu’ils avaient l’un pour l’autre les rendaient si vivants . Les vibrations charnelles dans leurs jouissances leur faisaient caresser l’infini les rendant, malgré ces petites morts répétées,  immortels.

Laisser un commentaire