La nuit où j’ai été Phallus

Apollonia Sainclair

A toi, mon homme lesbien , mon ami de sexe et d’affect, à toi qui me fait connaitre la joie et les doutes, l’aigre-doux d’une relation non exclusive, ouverte , ni couple non cohabitant, ni partenaires, à toi qui me fait vaciller entre amour , amitié. A toi et nos jeux érotiques, nos actions-vérités , je vais te conter un de mes rêves : étrange et pénétrant, j’étais un phallus.

Comme ayant quitté ma propre enveloppe charnelle , me voilà glissée dans ton corps. Là nichée juste à ton entrejambe , je prends forme . Je suis sexe et tu deviens moi féminine . Dans cet onirique métamorphose , moi , le service trois pièces réagit à la nudité de ton sommeil . Je te frôle et te désire . Je m’éveille et me hisse, Je goutte, je perle .

Quand je m’insinue dans la fente de ton fruit juteux, douceur d’y glisser et d’y faire ma place. Ton fourreau , trousse, gousse humide, élastique, qui se serre, se contracte, se dilate, qui m’absorbe, me gobe , m’entoure, me comprime, me tète. Je grossis, me distends, m’allonge, me gonfle encore. Je visite, je farfouille, j’explore, je triture.

Tu frissonnes, je m’agite, tu te cambres, je me cabre, tu m’aspires, je coulisse, saccades, je tressaute. Tu gémis, je m’excite, je clapote dans ta mare de cyprine. La sensation de mes couilles qui battent contre ton cul tandis que tu ‘engloutis goulue en me chevauchant. Quand tu t’enfiles sur mon mât dressé en te laissant tomber, quand tu tressailles et tressautes et que tu te mets à tanguer . Quand tu te contorsionnes et que tu instaures de lents vas et viens à me râper la peau de la verge contre ton pubis, à me remonter le col roulé puis à l’arracher dans un décalottage sauvage et forcené, je frôle la déraison au bord de la folie . Entre animalité et bestialité , il n’y a qu’un pas .Je suis queue, tête de nœud, je suis bite et couilles. Braquemart et ses bijoux de famille, mandrin , marteau piqueur quand tu m’embarques par tes mots crus . Défoncer, pilonner, te déglinguer, là c’est moi qui suis à la masse. Oh oui, masse moi, malaxe mes couilles, triture ma queue, dévisse mon gland. De papouille en tripatouille . Fais coulisser la peau et libère ce gland que tu affectionnes tant de sa gangue . Le cou lisse  se dresse , happe mon champignon ! Appuie sur le champignon, accélère, accélère . Je me tends , turgescent et j’attends impatient de t’entendre aller vers ton plaisir . Et je sens pulsatile cette pression qui s’exerce, le prémisse de la décharge à venir. Tension , signal d’alerte, je vais jouir et gicler , éjecter ces jets en saccades , accompagné de spasmes . Si raide, si tendu, violacé, étranglé, si dur , levé au zénith , à l’équerre  prêt à exploser . Jaillir, gicler, t’éclabousser, te saccager . Je me vide , tu me pompes et mon sperme balance mon Energie . Encore quelques spasmes, quelques gouttes . Je gesticule et tressaille, je toussote , te caresse et me laisse couler dans une douce torpeur en me collant contre toi . J’aime me glisser entre tes cuisses ou tes fesses , nous bercer de baisers et de mots avant que la petite mort nous prenne . Je me sens rapetisser, glisser le long de mon bas ventre, le pli de l’aine , me revoilà en position naturelle , diminution de tonus et les bourses moins tendues , toujours mouvantes .

Pendant ton sommeil récupérateur , mon Maitre dont je suis le sexe, je ne serai point toujours au repos . Me dresser au moindre rêve érotique, vision fantasmée  et de ton réveil matinal , je sonnerai le clairon , sans que tu n’y sois pour grand-chose . Ah l’érection matinale , le lever des couleurs, le piquet de tente, pas besoin de longs discours , une saine masturbation encore sous la couette ou sous la douche et hop d’attaque pour débuter une bonne journée. Crois -tu que je vais te laisser tranquille ? Assailli régulièrement par des stimuli visuels et par des pensées coquines , un parfum , une silhouette, un mot suffisent à déclencher un petit branle-bas le combat dans ton caleçon , ne m’étouffe pas , ne m’étrangle pas dans ton jean trop serré . J’aime à te faire parfois quelques bonnes blagues comme me manifester alors que tu cherches à camoufler ton émoi, mon Maitre devant une fort jolie dame  et rien de plus drôle que de voir tes contorsions et tes efforts pour essayer de pisser quand  dans la bandaison la plus extrême, il t’est impossible de viser la cuvette .

Ah si j’étais un phallus, je ne serai pas fier de la représentation qu’en ont fait les peintres et sculpteurs « antiques » . Je préfère de tres loin ceux qui encensaient la virilité du sexe déployé , érigé, démesuré souvent. Je tombe dans les clichés . Qui décide que je suis inesthétique, quand au repos, bien recroquevillé ou pendant comme le balancier de la masculinité . Ah , mesdames les vulves aux vagins et clito bien cachés par nature , qu’il est beau d’en garder tous vos mystères et ne les dévoiler qu’à qui sait vous entrouvrir et vous en faire baver.

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