Comptine du loup contre la fuite du Temps

Tu me dis :  » Je vais disparaitre.  » Cette menace retentit comme un coup de gong, un uppercut en plein visage, comme une avalanche mortelle , un tsunami emportant tout sur son passage.

Je me noie alors dans un verre d’où les souvenirs émergent. Tel un iceberg sous l’effet du réchauffement climatique, je fonds en pluie des yeux, en brumes éthyliques, assaillie par les images mentales imprégnées de toi, récurrentes, obsédantes. Mon corps, lui aussi , se rappelle chaque caresse, chaque étreinte, chaque désir exprimé, dessiné, gravé maintenant dans la pierre du cœur et de l’âme. Rappelle-toi aussi de cette dernière rencontre chair à chair, volupté à désir, jouissance à plaisir, réalité à fantasme et plus encore !

Je me perds à t’aimer au-delà de l’art du sensuel éprouvé, du sexuel irraisonné, d’une initiation renouvelée de sexe tendre, de tendresse crue. Tu  aimes tes  » femmes », tes  » chéries », tes douces , tes ….et me gagnes à les aimer aussi et à me perdre. Accroche- toi à moi, je te serre fort et je t’enlace de mes cuisses quand tu te sens attaché ailleurs. Je ronge de mes crocs le nœud gordien qui t’enchaîne à tes incertitudes, tes maladresses, tes doutes, à ce « vouloir faire le bien à tout prix ». En dénouant l’inextricable, je glisse et perds le fil. La lame du rasoir sectionne net une virtualité éthérée et ta douce réalité naît d’une parole malheureuse, d’une magie tronquée, trompeuse censurée , sans sûreté. Autant d’estafilades que nos désirs frustrés, que nos plaisirs retenus, que nos rendez-vous ratés et pourtant …..

Quel frisson, quel émoi que de vous initier à ces jeux érotiques:  » menotte -moi chéri! Oh oui , Amour!!!! Et jouer de ma langue, de mes lèvres que tu libères ainsi, qu’il en sorte enfin les soupirs, gémissements de plaisir, tout pour te satisfaire !Baise moi , fais-moi jouir ! »

J’entends ces mots au loin, je sens ces maux en moi. Un « j’ai envie de toi » murmuré par une autre avant qu’elle ne te laisse et que tu ne prennes les lèvres, le sexe de celle disponible ponctuelle . Objet transitionnel dans cette avide quête où ni dieu ni maître ne brident tes libertés . Tu assènes des « je t’aime » comme autant de belles promesses , paradis éphémère où ta mauvaise foi n’a point de religion. Vive les agnostiques, les athées , les religions païennes , les excès !

Te souviens -tu de cette escapade hors de la quotidienneté où nos incantations étaient Liberté, Plaisir, Joie sans contrainte, sans frein, sans compromission?? S’offrir au regard de l’autre pleinement , entièrement, nous offrir  ce qui nous touche à distance lors de ces retrouvailles de chair et de cœur, de sueur et de sperme, de cyprine et souffle coupé, de gémissement et de rire, de silence embrassé, d’oxygène orgasmé !

Dévoiler totalement son « intime » en donnant son plaisir « solitaire » à l’être aimé . Combien de couples éphémères ou non osent se montrer dans leur masturbation réciproque . Aucun autre contact que celui des yeux, des paroles , les voix qui se troublent .Les soupirs, la musique des sexes mouillés, tendus , les respirations qui s’emballent ,les mots qui ne peuvent plus exprimer . Place aux râles , aux petits cris et plus .. Etonnant que dans la jouissance la chouette, le loup , la chienne , le fauve .. Notre part animale s’exprime !

Puis pouvoir se toucher , s’émouvoir ; nous nous sommes dégustés . Oh combien ce fut délice, régal ! Outre les saveurs des mets aux épices du monde entier , les nôtres plus convoitées à en être goulu, à ne pouvoir nous rassasier ! Au menu ou à la carte avec même des suppléments ! Y tremper les doigts et les lécher  ou directement de la langue en essuyer tous les bords de nos assiettes ! J’en ai encore l’eau à la bouche et une note de menthe poivrée imprégnée sur mes papilles gourmandes . Amuse-bouche et pas seulement , nous dévorer apres nous être léchés, suçotés, aspirés, pompés , avalés. Nous baiser encore et encore , les baisers sur nos lèvres, nos sexes, nos cœurs, nos souffles, nos jouissances , nos petites morts . Trainer dans ces temps de rémission entre 2 joutes lubriques palpitantes. Plaisir de boire sur ton corps un doux breuvage , de t’offrir une douceur à savourer et de nous laisser partir à la dérive . Flâner  quand je m’imbrique contre toi , t’enjambe , me balance et nous berce pour un moment de rêve et repartir ensemble au réveil .

Quel plaisir que de flâner ensemble dans les rues de cette ville qui nous ouvrait ses bras, ses portes cochères où nos étreintes ne demandaient qu’à être vues , tout comme ce rebord de fenêtre , ce balcon t’en souviens -tu ?? Sourire aux passants tandis que je t’accompagnais plus qu’activement dans ce va et vient , cette coulisse de ta queue fièrement dressée que j’enrobais de ma chatte aux lèvres si avides et si trempées de mon désir pour toi encore et encore !Une cigarette entre les lèvres du haut et ton sexe royal entre celles du bas , que demande le peuple !! Je me souviens de cette balade et de ce petit brin de vent taquin qui soulevait, pour notre plus grande joie, ton kilt laissant apercevoir la solution à la question  » que porte un homme dessous? » . Pour celles et ceux qui avaient encore un doute , il disparut quand nous voyant dans cette taverne , ce bar à tapas , cette brasserie , une main arborant une chope de bière et l’autre glissant sous le tissu de nos tenues respectives et nos sourires complices . Et il y eut nos fous-rires dans la sex love boutique quant au choix des cadeaux que nous nous sommes faits . Toujours le même refrain : vouloir offrir à l’autre , pour son plus grand plaisir , l’instrument , le petit truc en plus même si nous n’en avons certainement pas le besoin .

L’imagination , l’envie, le jeu suffisent :  » On dirait que tu es ma princesse et  moi ton chevalier .. »  « on dirait que tu es le malade et-moi ton infirmière ..  » ,  » on dirait que tu es un loup et moi une léopard » , « on dirait que tu es un grand séducteur et que ,pour une fois, ça tombe sur moi, quelle chance! » , « on dirait que tu es un bisounours et que je suis une licorne » , « on dirait que tu es un artiste et que je suis ta muse », « on dirait que tu es fragile, en danger et  moi ton sauveur » ,  » on dirait que tu es au travail et moi sous ton bureau » ,  » on dirait que tu es ma soumise et en fait ma Maîtresse aussi », « on dirait que les punitions sont comme des bonbons, des récompenses pour les vilains garçons et les filles pas bien ! » Autant de scenarii, autant de scènes à rire , à s’épanouir par les jeux érotiques, amoureux ou par ,juste cette liberté d’aimer au travers des sens , des expériences, du partage , de la joie du moment , de la chance d’être vivant.

Nous avions projeté de voyager dans ce pays , d’aller se promener sur les routes d’ivresse  ; celle de l’alcool pas vraiment  plutôt celles des senteurs en se grisant de parfums capiteux , nos odeurs animales et de ces fragrances exotiques dans une boutique d’import du monde entier où bols tibétains, encens et myrrhe côtoient les soirées chamarrées, les laines brutes de yack ou d’alpaga ,où les bâtons de pluie résonnent avec les tambours chamaniques . Oh combien j’attendais, j’espérais cet autre expérience , ce voyage d’une autre conscience avec toi comme guide. Chambouler l’âme , se dévoiler, se découvrir et s’apprendre  en se prenant corps et âme , en s’empoignant les cœurs et les sentiments . Ne rien posséder d’autre que nos émotions, nos élans, l’excitation de nos envies sans limite même corporelles. Franchir les continents, les croyances et s’embarquer vers des contrées où l’esprit prend corps , où l’on quitte cette enveloppe charnelle , se ressentir, se vivre en pleine conscience , s’épanouir et en jouir encore . Se libérer tout en libertinant ensemble . Te souviens -tu de ces discussions jusqu’à plus d’heure sur le sens de chacun de nos mots  pour mieux nous entendre, nous comprendre ? Libertinage : sexualité connectée à des émotions , pas forcément à des sentiments. S’éclater sans faire exploser ses autres vies, sans corrompre et compromettre la confiance . Sans mensonge par omission ou non trompons -nous nos chers absents? Nous trompons -nous nous même à désavouer un lien fort qui brise les chaines à tout stéréotype hétéro-normatif patriarcal ? Nous nous amusons à nous réfugier sur ces grands discours, à déconstruire le modèle sociétal emblématique de la réussite d’une entité de  » couple ». Indépendance affective qui nous enchaîne à nos libertés d’aimer et que notre langage exprime à loisirs, à désir, à envie , à satiété. . Un petit peu plus d’huile pimentée sur votre pizza bihebdomadaire ? Faites donc couler à flots ma cyprine , jouez au Maître soumis aux délices de la chair !

D’un bar à tapas ou restau asiatique, un vin d’ Argentine , de Grèce ou d’Italie , des herbes aromatiques, des épices . Oh rien d’aphrodisiaque , en avait-on besoin ? Une goulue, un gourmet, une gourmande , un gastronome .Mettre les petits plats dans les grands mais sans trop de manière . Se coller l’un à l’autre , cuisiner à 4 mains , picorer , se jouer à coup de crème fondante qui du fouet , qui du cul de poule  en petits marmitons étaler ces délices  en nous léchant les doigts . Nous avions emmené, tu te rappelles, de quoi nous sustenter sans avoir à franchir le seuil du nid douillet tant qu’à loisirs nous n’ayons assouvi nos appétits divers. Il serait toujours temps ensuite de sortir s’exhiber en toute impunité au creux de cette ville et d’aller explorer les plaisirs de la nuit , les chaudes rues et leurs activités pour noctambules s’égayant de la joie des rencontres .  » Vas te faire voir … avec moi . Hop là ma gourgandine , allons donc gambader et tripoter les bordures de la nuit

Tu m’as couvert des traces de nos désirs assouvis: morsures, griffures, brûlure interne, tatouages éphémères , peinture du corps et de l’âme  badigeonnés de nos fluides , draps froissés , coussins du canapé bouleversés. Juste nos empreintes dans tout cet appartement , sueur sans aucune larme si ce n’est de plaisir extrême et de l’accomplissement de tout ce que nous nous étions promis comme si c’était la dernière fois, comme si c’était hors du temps sans passé, sans futur; rien à conjuguer et surtout pas au conditionnel ni au subjonctif !

Tu ne diras jamais « je n’aime que toi , je t’appartiens! » Ce serait blasphème ultime faisant voler en éclat tes étiquettes, tes « hors norme ». Miroir aux alouettes qui attire les classiques, les coincées, les « en métamorphose », les  » je rêve d’autre chose », les  » je n’ai jamais connu ça » …. Oui il y a toutes « les » . Oh, elles se croient unique, chacune à leur façon émoustillées de penser conquérir celui de devenir Celle, la seule , l’unique, l’incomparable qui ravira ton corps, ton cœur, ton âme .Elles sont plus que respectable dans leur cheminement, leurs efforts ( si ce ne sont pas uniquement pour te plaire et correspondre à ce que tu espères, à ce qu’elles croient être tes attentes). Elles sont à honorer si elles découvrent enfin ainsi la Femme en elles , celle brimée, bridée, étouffée, massacrée par le passé . Tu les aimes les femmes  , ces amies si précieuses, ces amantes, ces aimantes qui gravitent tout autour de toi . Tu les rends belles, tu les rends fortes , tu les fragilises aussi en semant parfois le doute , égratignant l’estime d’elles-mêmes , instillant un petit relent de jalousie . Envie de te plaire, de te satisfaire pour certaines , envie d’être seulement soi-même , de vibrer et de vivre ces instants comme nous les projetions si souvent . Nous nous offrons une réalité virtuellement en fuite du Temps , hors de tout espace limité. Nous nous ouvrons un chemin à toucher du doigt , de la langue , de nos sexes l’éternité. Nous en baignons nos âmes . Nous nous accordons cette faille comme si ce devait être la dernière alors pourquoi se censurer ? Où est le bien , où est le mal quand la moralité n’a rien à venir y faire , quand sans aucun jugement , nous nous donnons âme et cœur nu en peau à peau, en souffle à souffle ? Il y avait aussi cette envie farouche de nous aimer en pleine nature si la météo était clémente et pourquoi pas dans une clairière au fond des bois …

1,2,3 nous irons au bois .. Voir si le loup y est ou pas. 4,5,6 tu cueilles leurs cerises, leurs fraises , leurs boutons, leur cul, leurs mamelons. 7,8,9 heureux dans un 69. 10,11,12 pour les rendre toutes rouges , qu’elles offrent leurs plaisirs pour que le tien soit fantastique. Mais les chasseurs veillent , ils veulent leur quota et plus encore. Revendiquant la brebis égarée , la pauvre petite agnelle innocente et préserver le cheptel, ils tirent sans sommation .

  « Je vais disparaître » dis-tu, alors que nous nous battons pour ta préservation. Qui protège, qui fait attention, qui ménage , qui rassure ? Si la louve montre ses crocs parfois, c’est pour protéger  l’animalité .Petits humains, vous avez encore beaucoup à apprendre . Vous êtes vos propres prédateurs et j’en voie les victimes si souvent à la fois chasseurs et gibiers, marionnettistes de vos petites vies manipulés, on tire sur vos ficelles . Attention qu’elles ne rompent que d’être effilochées ou de les emmêler. 1,2,3 nous irons au bois ;4,5,6 tirez fort, ho hisse. 7,8,9 méfie-toi des meufs. 10,11,12 à moins d’une partouze. 10,11,12 y a plus rien qui bouge .9,8,7 tu ne feras plus recette, 6,5,4 ce sera le psychiatre, 1,2,3 si t’en bois trop,  tout seul , t’en vois combien ? Chantonnons donc cette comptine tant que le loup n’a pas encore disparu et posons une rustine  mémoire avant que la faille ne soit plus  qu’une fuite du temps perdu.

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