Quand le monologue du vagin devient une grande muraille et plus

Great Wall of Vagina – panneau n°3 – Jamie McCartney

Les organes génitaux féminins ont longtemps été une source de fascination, récemment célébrées( journée de la femme, mars 2019), mais généralement source de  confusion. Étape que  l’artiste britannique Jamie Mccartney  a saisi, 10 ans après son Bachelor of Fine Art , diplôme d’étude expérimentale d’ Hartford Art school (USA) , pour créer une sculpture murale monumentale The Great Wall of Vagina (la grande muraille de vagin).L’œuvre d’art de 8 mètres de long est  composée de quatre cents plâtres de vulves(moulages) toutes uniques, disposées en dix grands panneaux. McCartney a entrepris de rendre ce projet aussi large et inclusif que possible. L’âge des femmes est compris entre 18 et 76 ans. Sont représentées les mères et les filles, les jumelles  identiques, les hommes et les femmes transgenres ainsi qu’une femme avant et après son accouchement  et une autre avant et après la labiaplastie. Des femmes du monde entier  se sont portées volontaires dans une réaction extrêmement positive à ce  projet.

« Ne changez pas votre anatomie, changez de partenaire! », c’est l’adage de  Jamie McCartney,  .Ses intérêts socio-politiques ont souvent influencé son travail. Son évolution artistique est marquée par la représentation du corps humain au travers des matériaux traditionnels et plus novateurs leur appliquant des procédés inhabituels. Explorant des sujets émotionnels , son œuvre contribue à produire de nombreuses controverses  Lorsqu’il a appris il y a des années que la labiaplastie, ou la réduction chirurgicale des lèvres génitales, est l’une des opérations de plus en plus pratiquées au Royaume-Uni et aux États-Unis, il s’est dit : « J’aime toutes les  lèvres! … C’est du fascisme. Ce sont les sociétés  qui s’octroient le droit de faire en sorte que les femmes se sentent comme de la merde à propos d’ elles-mêmes. » Il a ensuite passé cinq ans à créer cette fameuse œuvre.

Ce n’est pas vulgaire, c’est vulvaire ! Ce n’est pas seulement une sensation, c’est de l’art avec une conscience sociale et Mccartney veut que les gens s’arrêtent, regardent et écoutent. Il s’agit de capter l’attention, d’utiliser l’humour et le spectacle, puis d’éduquer les gens sur ce à quoi les femmes normales ressemblent vraiment « là-bas, en dessous ». Décrite comme « les Monologues du Vagin de la sculpture », cette œuvre vise à changer la vie des femmes, pour toujours.

Un des panneaux repris en bronze

« Pour beaucoup d’entre elles, leur apparence génitale est une source d’anxiété et j’étais dans une position unique pour faire quelque chose à ce sujet. Les vulves et les lèvres sont aussi différentes que les visages et beaucoup de gens, en particulier les femmes, ne semblent pas le savoir.  » McCartney espère que cette sculpture aidera à apaiser cette anxiété et à lutter contre l’augmentation exponentielle, observée ces dernières années, des chirurgies labiales cosmétiques. Cette tendance inquiétante à créer des vagins « parfaits » est essentiellement une mutilation génitale féminine consensuelle et crée un précédent inquiétant pour les générations futures de femmes.

La Grande Muraille du Vagin est fascinante et révélatrice, ce qui est loin de la pornographie. Ce n’est pas de l’art érotique. Il ne s’agit pas de titillation. Mccartney a fait un tour étonnant, pour rendre  délibérément le non-sexuel sexuel. On est capable de fixer sans honte mais dans l’émerveillement et l’étonnement  cette exposition de la variété humaine.

L’art a le pouvoir de transcender les barrières sociales en utilisant un langage visuel universel. Le vieil adage selon lequel une image vaut mille mots est vrai, peu importe la langue que vous parlez. Vous assimilez l’information en quelques secondes, avant de pouvoir détourner le regard. Quelle que soit votre position politique, vous prêchez souvent à des convertis – beaucoup de ceux qui ne sont pas d’accord ont cessé avant que vous ne terminiez la première phrase. Le titre La Grande Muraille du Vagin est délibérément fantaisiste et intrigante.

« Il est temps que notre société grandisse autour de ces questions et je suis certain que l’art a un rôle à jouer. » Jamie McCartney.

La sculpture massive, entièrement blanche, est  guidée par la gravité et évite les distinctions raciales ou les connotations pornographiques parfois associées à la nudité dans la photographie.

Le travail qu’il a créé ensuite était The spice of life : l’épice de la vie, un titre évocateur de la richesse de la diversité de formes et de tailles parmi les organes génitaux et sexualisés d’ humains normaux. Lorsque vous avez vu ce que tout le monde a, vous allez vous sentir bien par rapport au votre.   C’est l’ethos derrière ces œuvres, ainsi qu’ un peu fantaisiste. 

Les titres souvent humoristiques de ces œuvres dénotent le message sérieux qu’elles véhiculent. L’humour est un excellent outil pour encourager le changement social. Il passe au travers des filtres et dépasse la résistance naturelle des gens sur sujets délicats. Cela dit, tout cela ne peut pas être sérieux, parfois l’humour est le but de l’œuvre. De ce Spice of life , 2 assemblages distincts de pénis au repos  » 15minutes » ou en érection  » 4X4″ ont été exposés.

15 minutes – Jamie McCartney

Le titre , pour le premier panneau , se réfère à l’affirmation d’Andy Warhol qu’à l’avenir nous serons tous célèbres pendant 15 minutes mais pose aussi la question, au travers de ces quinze pénis à la  minute de l’obsession des hommes par la taille de leur sexe. Contrairement aux érections en 4 x4, c’est une œuvre tout à fait plus sombre et contemplative.

4X4 – Jamie Mccartney

Bien que ces organes génitaux soient clairement dans un état d’excitation, l’intention n’est pas d’être érotique, mais d’effectuer une fonction similaire, bien que sur une plus petite échelle, à la Grande Muraille du Vagin. Il écarte nettement l’érotisme, de la même manière que les moulages vulvaires  le faisaient: la juxtaposition de tant de personnes, dans une texture blanche et pure, une fois de plus. En fait, c’est assez comique de dresser cela sous des angles variés. Le titre fantaisiste de  » 4×4″ est un jeu de mots se référant à l’ego masculin étant inextricable entre leurs bites et leurs voitures. « La plupart des hétéros n’ont jamais vu l’érection d’un autre homme en  chair et en os et ont tendance à être totalement fascinés par ce travail là ». C’est la nature humaine que de vouloir savoir où nous nous situons en comparaison. C’est une réponse courante de les entendre dire – « Ok, maintenant je comprends ce qu’est le mur des vagins » et « Ah, je me sens beaucoup mieux en accord avec ma « queue » maintenant! » Mission accomplie.

Traduction faite d’après les textes et bio de Jamie McCartney sur son site.

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