Apres la rencontre, la  » fréquentation amoureuse »

Jean Marie Auradon

Les suites de la rencontre, quand la relation interpersonnelle  s’établie montre, par de nombreuses modifications comportementales, le grand chamboulement que l’état amoureux entraine.

 Il est noté certaines constantes comme un retour au vécu du  premier lien affectif marquant autre que celui enfant/Parents si déterminant dans la mise en place de la dépendance, l’indépendance ou l’autonomie affective ( notion déjà effleurée par la louve). Le petit enfant intérieur se réveille . Comment se manifeste-t-il? Un passage « régressif  » apparait lors  de la période de  « fréquentation » ponctuée de rendez-vous, de sorties, de longues soirées , des nuitées , de la socialité du nouveau  » couple ». Elle s’accompagne de la mise en place de l’entente intime puis sociale au travers d’un langage propre, d’investissements de sens communs sur des objets, des lieux, des activités . Cette deuxième phase , Louve vous la conte à sa sauce.

Des sociologues de renom se sont penchés sur les mystères de « l’entente’ amoureuse  » et de l’intime  en retirant le côté magique par l’analyse de processus et de conduites d’interactions sociales  entre deux individualités. La mise en place d’un  » nous » potentiel passe par un nivellement et une « uniformisation » des références, des ressources , des ambitions . En terminologie sociologique , on parle d’  oblitération des incompatibilités,  processus irréfléchi de désamorcement des différences .  La construction commune d’une nouvelle réalité qui leur est propre se bâtie comme un petit monde,  leur cocon, séparé du reste du monde, avec ses rites, ses objets, ses lieux, ses scènes culte, ses valeurs, son langage.

 Plaisir que de  s’approprier  des mots qui parlent aux 2, qui caractérisent leur relation naissante , d’une émotion ,d’ un ressenti, d’ un lapsus qui a fait rire et  naitre la connivence ou un néologisme né de l’amalgame ou  l’anagramme. De ce langage, ce vocabulaire qui n’appartient qu’à eux (analogie avec les enfants gémellaires ) une complicité s’installe.  Des gestes , des pratiques comme les façons de se saluer, de s’embrasser, l’utilisation des petits noms tendres pour se manifester leur relation unique et autoentretenir des petites déclarations quotidiennes . Que ce soit un surnom enfantin, précieux, romantique, animalier, sauvage, gourmand, suranné, abréviation du prénom ou plus original en rapport avec un trait de caractère , une passion etc.

              La louve se demande si parfois, il n’est pas adopté de façon systématique ,à travers les différentes histoires, partenaires .  » Ma chérie » porte , certes le « je t’aime » , mais permet de ne pas se tromper de prénom en cas de relations multiples.  Cette marque affective devenant rituel perd de sa valeur initiale avec le temps, il se banalise et est peut-être bon d’être validé en accord. Le couple , dans sa bulle peut signifier ainsi ses particularités, mais pensez lorsque vous serez nommé.e en public « ma coucougnette » ou tout autre détail ridicule qui vous faisait sourire dans un premier temps !

Ces  petits secrets partagés    contribuent à créer un  univers  de sens “à nous” versus “les autres”», de la spécificité de leur intimité et de leur « amour »  . Pourtant , dans le même temps, ils veulent annoncer la grande nouvelle  au  monde entier . Regardez comme on s’aime, comme on s’est bien trouvés ! Partagez note joie, notre bonheur ! La phase d’exclusivité  » régressive » se teinte d’une démonstration aux yeux des proches, des familles, des amis d’une intentionnalité sentimentale des individus impliqués.  La socialisation de cette relation amoureuse ne demande pas l’approbation mais est motivée par un désir de connaissance autant que par un désir de reconnaissance. On nomme extimité , cette valorisation publique de leur nouvelle intimité.

L’ état régressif , l’ appel au petit enfant intérieur se manifeste aussi par un retour vers leurs premières amours enfantines, adolescentes lorsque l’amour platonique , la relation « pure » prévalait avant de mener à une relation affective et sexuelle.  Il  passe donc par le jeu, le rire, les contacts physiques caresse, chatouilles , premier échange de baiser tres pudique  et  ces listes établies de vouloir faire ensemble tous les petits plaisirs simples : Manger des sucreries en tout genre , s’autoriser de nouveau de se rouler dans l’herbe, de dévaler une pente de colline en tonneau ,de  refaire des séquences de film comme « chantons sous la pluie », sauter dans les flaques d’eau, à saute-moutons  ou de s’octroyer enfin l’accomplissement ensemble un souhait d’enfant jamais encore réalisé.ET cette impression de vivre des premières fois  est si grisante. Replonger dans l’euphorie de la découverte d’un autre lien affectif que celui dont nourrisson et petit enfant , chacun était si dépendant . Premiers émois, premières émotions fortes et intenses .

Franck Kuman

        La louve est étonnée de la richesse du langage amoureux, ne parle pas d’une rencontre éphémère ou d’un plan cul d’un soir, non mais de ces attachements de soi vers un autre être humain. Le vocabulaire est alors  tres châtié , tres fleuri,  se pare de métaphores, paraphrases , même le sexe sil a lieu est traité avec pudeur , avec timidité ou de manière réservée, filtrée. Surtout pas de fantaisie trop rapidement ,  les corps se découvrent et s’apprivoisent aussi  dans   un acte empreint de caresses , de tendresse comme le sera la conversation qui suivra. Le petit enfant pointe encore son nez  et ne peut disparaître , particulièrement si le mâle humain est dans le respect de sa nouvelle femelle.  La louve vous rappelle la bonne approche » devient cruciale , doit laisser la bonne impression .  L’interaction, dans le domaine de la sexualité est , comme les autre dimensions, une des  plus performantes, dans le sens où elle doit continuer à captiver l’autre  et ne pardonne aucun faux pas.

 Lors de  cette  première  approche  sexuelle , surinvestie du poids de relation affective, dans la continuité de séduire , dans l’ambivalence de la féminité au langage corporel caressant, enveloppant et de sa masculinité pulsionnelle porteuse de l’urgence et la violence de désir  , l’homme peut manifester son anxiété, dans la crainte que l ’érection soit insuffisante ou l’éjaculation  prématurée ou qu’il ne puisse satisfaire coute que coute sa nouvelle partenaire.

Dans ce domaine de la sexualité , les codes socio-culturels entrent en jeu. On abordera progressivement son passé sexuel, ses expérience puis arriver à livrer  ses gouts, ses envies, ses désirs . Arriver à parler de ses fantasmes ( en garder toujours dans son  jardin secret) . Le champs des possibles pour initier des premières fois, dans ce domaine est étroitement lié au vécu des deux partenaires. Il sera temps de dévoiler et de se « libérer » de ces carcans normatifs  et d’exprimer de façon transgressive ou permissive une complicité intime au travers d’une sexualité plus épanouie plus charnelle ou animale au travers de l’érotisation, du jeu, de scenarii, d’un autre langage corporel et verbal, d’autres pratiques plus en adéquation avec l’excitation, l’envie , la liberté d’être soi et de s’offrir en réciprocité.

 Il semble dans un premier temps y avoir un nivellement, une uniformisation des références, des conduites, des légitimités . Les psychanalystes s’unissent aux sociologues et expliquent « l’idéalisation », la rencontre de 2 « fantasmatiques »  peuplés de leur  identification à leurs représentations, leurs clichés, leur valeur éthiques , leurs modèles ou patterns, leur tabous et limites . Les sens , les perceptions , les messages s’imprègnent de biais cognitifs , des leurres cérébraux. Les informations reçues deviennent sélectives. On ne voit et on n’entend d’ l’autre que ce qui répond à ses attentes conscientes et inconscientes, ce qu’on projette sur lui. L’humain modifie ses comportements . Un véritable état de conscience modifié, un état hallucinatoire où les défauts, le banal, toute constations ou démonstration susceptible de mettre en cause la perfection habillée de fragilité et de vulnérabilité est refoulée. Ces ambivalences , ces « mensonges par omission »  ,  entre voir et ne pas voir, savoir et ne pas savoir, vouloir et ne pas vouloir : en ne voyant, disant, soulignant, entendant, sentant, ressentant pas toute une série d’aspects de la réalité interactionnelle, en les rendant non pertinents dans un certain espace et pendant un certain temps, on produit la fiction d’accord et d’unité. Ces mécanismes conscients et inconscients permettent à deux individualités de renouveler l’expérience d’un caractère unique de la rencontre et éviter la conscience de la répétition d’un contenu de vie qui ne serait que sentiment de  détachement, d’étrangeté, de trivialité, banalité , lassitude .  Cette nouvelle réalité qui leur est propre est comme un Espace/Temps d’une réalité ordinaire dilatée loin de la pesanteur du réel, de la routine du quotidien, l’expansion de leur « univers » loin de la fadeur et des platitudes, de l’insignifiance. C’est un rêve euphorique, une  renaissance d’une recherche du plaisir et du bonheur centrée sur les besoins , les attentes, les désirs individuels de l’autre.

         La louve sourit encore en pensant à un témoignage d’un humain vivant actuellement cette phase , ce rêve, cette réalité particulière qui est la sienne et celle de sa partenaire, son amoureuse ou tout nom qu’ils se donnent dans leur relation intime affective en construction.  Il répond à tous les critères détaillés jusqu’à présent. Son petit enfant intérieur a été bouleversé par la voix de celle qu’il a rencontré . Elle est venue  réveiller ce qui sommeillait au plus profond de lui et réactiver à son  insu la  mémoire affective la plus ancienne, celle de ses premiers liens, le lien fusionnel avec la mère  ou au contraire réparer  si celui-ci a été défaillant. Il présente tous les symptômes de l’état amoureux dont il se défend, même si ses propos ne gravitent plus que sur le centre de toutes ses attentions, ses pensées et actions en ce moment. Euphorique, sur un petit nuage , il parle de cette relation affective nouvelle avec emphase , heureux de faire partager son allégresse, son énergie, ses découvertes et métamorphoses qui s’opère en lui .  Cette valorisation publique de leur nouvelle intimité , cette ex Une renaissance avec cette amnésie sélective qui permet de revivre les mêmes

Naviguer entre les codes de la sexualité, de l’amitié ,de l’ amour romantique ( version occidentale du lien amoureux) . Leur langage , leur appropriation de petits surnoms avec le « ma,mon » incontournable devant, leurs mécanismes , leurs ruses (conscientes ou inconscientes), leurs jeux , cet état régressif, ce gommage de tout point négatif dans le discours qu’il tient, jusqu’ à cette amnésie sélective du même vécu de ces étapes dans leurs vies  » antérieures » illustrent parfaitement ce que la louve essaie de décrypter des relations entre les êtres humains via les sociologues, psychanalystes, anthropologues, neuroscientifiques . Elle attend, peut-être de suivre son cobaye dans cette expérimentation « in vivo » . De la phase  » fréquentation » à celle d’engagement , du vivre  ensemble en cohabitation ou pas , en étudier tous les rouages des  ajustements, négociations en espérant que ces deux-là trouveront leur chemin vers la sérénité, avec autonomie affective dans toute leur authenticité.

              Et de finir par une belle phrase :  « Ceux qui s’aiment avec maturité se libèrent mutuellement, ils s’aident à détruire toutes sortes de liens factices, d’attachements. L’amour qui est donné avec la liberté devient un art.» Bahgwan.

Références :

Chiara Piazzesi : Chercheuse post doctorat, formée en philosophie, sociologie et anthropologie, professeur en Faculté de sociologie et Institut de recherches et d’études féministes, Université du Québec à Montréal. A dirigé un numéro de la revue Sociologie et sociétés autour du thème Formes d’intimité et couples amoureux .Piazzesi, C. (2017). Vers une sociologie de l’intime : Éros et socialisation. Paris : Hermann.

Barbara Lee Fredrickson :  professeure américaine du département de psychologie de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill , principale investigatrice des émotions positives en  laboratoire de Psychophysiologie(PEPLab)

Eric Brabant:  Gestalt Thérapeute et Formateur Toulouse, France

Jérôme Palazzolo :  professeur de Psychologie clinique et médicale au Département Santé de l’Université Internationale Senghor (Alexandrie, Egypte), chercheur associé au Laboratoire d’Anthropologie et de Psychologie Cognitives et Sociales (LAPCOS) de Nice, et chargé de cours à l’Université de Nice – Sophia Antipolis où il co-dirige le Diplôme Universitaire de Thérapie Comportementale et Cognitive (TCC).Spécialisé en psychopharmacologie et en TCC, il est l’auteur de nombreux articles de référence et de plusieurs ouvrages traitant des diverses pratiques psychiatriques et des sciences humaines, entr autre Pour la Science,  magazine

Et ressources en sociologie, psychologie, psychanalyse sur Internet.

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