Résonnance : de la rencontre séduction, à l’émotion. Pistes du corps au cerveau

 La louve que je suis a toujours été intriguée par le mode de fonctionnement des humains lorsque deux individus de cette espèce se rencontrent, se découvrent et qu’une attirance entre eux se manifeste. Que ce soit séduire pour une nuit ou charmer pour la vie, cette phase particulière met en place des mécanismes émotionnels, physiques, biochimiques, psychiques, comportementaux . Lesquels sont mis en « branle » quand se noue une relation sensorielle et temporelle avec un autre être humain ? Qu’est-ce que le  « feeling » une sensation particulière, un partage d’émotions, un désir, un besoin qui s’exprime ? Autant de questions que la louve va essayer d’en trouver des pistes et vous les soumettre.

Deux humains se rencontrent, quelque soit les circonstances les amenant à faire connaissance. En premier, les regards se croisent. Si le regard intrusif de l’homme rencontre celui réceptif d’une femme, se produit alors une étincelle remplie de promesses. Les pupilles se dilatent(les fameuses étoiles dans les yeux) et comme par jeu, ils se cherchent et se fuient.  Attirance ou répulsion. Ne dit-on pas  se  » dévorer des yeux  » ?La réponse sera un sourire commençant à se dessiner sur le visage de l’un ou le contact visuel se coupe par le visage qui se détourne  . Là il ne vaut mieux  pas insister.

En cas de réceptivité, ce sourire s’accompagne d’une gestuelle adaptée telle l’inclinaison de la tête, la main qui effleure la chevelure, la posture qui se détend, les gestes, les attitudes, l’expression du visage. Il  existerait plus de 50 sourires possibles:  empathique, de dédain , amical, réjoui, dominateur, voire faux. Avant même que la conversation ne s’engage ,le langage du corps ou la communication non verbale informe déjà d’un futur partage émotionnel ou non.

Les 2 humains entament une discussion. On se présente sous son meilleur jour au travers de ses passions, ses centres d’intérêt, ses coups de cœur . Pour établir un dialogue il faut trouver un sujet susceptible d’accrocher l’intérêt chez l’autre. Le but est d’attirer l’attention, la curiosité , l’envie de découvrir, d’en apprendre plus. Des signes codifiés comme le sourire, hochements de tête et d’autres gestes positifs témoignent qu’ils  sont sur la même longueur d’onde . L’enthousiasme les gagne. Le plus réservé des deux s’ouvre, s’enflamme posant mille et une questions. Ils se mettent en phase, sensibles à la contribution et réagissent en miroir à tous les signaux d’une parfaite communication. Les cerveaux et les corps se mettent à vibrer par enthousiasme, considération, réceptivité réciproque, émerveillement, compréhension. Une disponibilité et une confiance s’installe. Le ton de la voix change. Elle révèle inconsciemment les intentions par des inflexions, intonations. Ce paraverbal , au-delà des mots  est porteur de nombreuses informations comme le milieu socio-culturel, l’ éducation, les humeurs. Un mot ou une phrase entendue  change le comportement du récepteur . Un geste de l’émetteur peut modifier le discours  et le message verbal qu’il souhaitait transmettre:  Les bras croisés, le buste recroquevillé de l’interlocuteur laisse présager sa fermeture à ce moment qui devait être un partage. A l’opposée, quand les voix se font plus rondes, que l’écoute fait place au sentiment que les deux humains interagissent, se comprennent et s’apprécient un nouveau processus se met en place. En écho, en miroir chacun imite l’autre. Etonnant de voir de l’extérieur ces deux-là hocher la tête, sourire, prendre les mêmes attitudes, la même gestualité, répéter un même terme, paraphraser, adopter un vocabulaire commun en s’appropriant des termes, des néologismes qui n’appartiendront qu’à eux. Ils se mettent au diapason et plus qu’ils ne le pensent. La dynamique de leurs cerveaux et de leurs corps se mettent en réverbération réciproque. Leurs activités cérébrales et réactions biochimiques se confondent. Ils éprouvent la même chose , la même émotion positive. Les scientifiques appellent cet état, l’intersubjectivité. Ce couplage des cerveaux amène la compréhension. C’est comme si la communication ,quand deux esprits se rencontrent, serait un seul et même acte accompli par deux cerveaux. Une confiance , une réceptivité mutuelle les font s’ouvrir plus que d’habitude. Ils se racontent, ils se livrent et passent même au cap des confidences , dévoilant des petits secrets, tout ceci dans la prévenance .Une intimité s’installe.

Les scientifiques ont surpris la louve par leurs explications sur la biologie humaine. Le simple fait de lier connaissance avec une personne qui était inconnue ainsi que de confier un secret intime à celle que l’on vient à peine de rencontrer augmentent  le taux naturel d’ocytocine en circulation dans l’organisme, amenant la sensation de confiance. Ah cette fameuse ocytocine , 

 « l’hormone du câlin » est  un neuropeptide agissant sur le corps et sur le cerveau. Elle joue un rôle majeur dans le lien social et l’attachement. Les variations de taux sont les plus notables

 pendant les rapports sexuels entre humains , lors de la grossesse et de lactation. Quant à ces 2 humains, l’effet d’augmentation dans leurs circulations sanguines fait qu’ils sont plus attentifs au regard de l’autre, à leur sourire, apparaissent dans leur ensemble plus séduisants et plus dignes de confiance les rendant plus réceptifs à cette interaction sociale et émotionnelle positive.

Un autre élément anatomique entre en fonction : Le nerf vague , 10 eme nerf crânien encore appelé nerf cardiaque, pneumogastrique ou parasympathique.  C’est lui qui stimule de minuscules nerfs faciaux  permettant d’établir un contact visuel et de synchroniser leurs expressions faciales , ajustant  même les petits muscles de l’oreille médiane pour qu’ils puissent mieux percevoir la voix de l’autre malgré le bruit ambiant. Ce nerf vague leur a permis  se relier réellement à l’autre, accroissant les chances de nouer une relation de résonnance positive.

Autre substance chimique ayant concernée les deux cobayes de cette étude: Les phéromones. Bien avant le sens de la vue, leur odorat a été mise à l’épreuve de cette empreinte olfactive personnelle et unique. Les responsables sont leurs glandes apocrines. Ces hormones ont le don d’attirer ou d’éloigner les individus entre eux . « Lui, je l’ai dans le nez, je ne peux pas le sentir … » En l’occurrence, ils se sont sentis et positivement ont un ressenti positif.

Un autre sens donne le signal de cette connivence, de cette nouvelle complicité qui s’installe: Le toucher. Un effleurement du bout des doigts, de façon fortuite et naïve se produit. Le décryptage en est aisé. Un des deux franchit la ligne imaginaire des différentes sphères(  proxémie est « la distance physique qui s’établit entre des personnes prises dans une interaction, un échange de communication )

 sphère intime (de 15 cm à 45 cm : pour embrasser, chuchoter)

* sphère personnelle (de 45 cm à 1,2 m : pour les amis)

* sphère sociale (de 1,2 m à 3,6 m : pour les connaissances)

 Ils abandonnent la sphère sociale et pénètrent dans la personnelle . Ce premier contact physique est une invitation à poursuivre leur rapprochement et pourquoi pas à bientôt entrer dans l’intime.

Les étapes et rituels de séduction se mettent en place. Certains environnements semblent revenir régulièrement à cette période. Prendre un verre en terrasse de café, un repas au restaurant, une ballade en moto ,  une sortie au cinéma où le film d’actions, de suspense a des effets surprenants tout comme une activité sortant de l’ordinaire. Leur lien commun est de faire naitre une forte connotation émotionnelle : la peur ou l’excitation due au danger, à la nouveauté modifie les paramètres physiologiques et provoque des réactions (accélération du rythme cardiaque, contractions musculaires, réactions viscérales, transpiration, libération d’adrénaline), que l’on retrouve dans les états d’excitation sexuelle ou amoureuse. La personne à l’initiative de cette sortie est vécue comme  la cause de ces perturbations physiologiques. Ce mécanisme confusionnel est une « erreur d’attribution ». Au sortir d’un   film à suspense les deux compères sont plus proches physiquement, se touchent plus et discutent davantage qu’apres un  film plus neutre ou un documentaire. la stimulation émotionnelle provoquée par le film semble faciliter une erreur d’attribution ou simplement stimuler le système émotionnel.

 La louve sourit en pensant à l’action bénéfique qu’est son « cousin » le chien pour faire naitre un lien entre deux humains. Une psychologue irlandaise  a montré qu’un chien est un facilitateur des relations sociales : les gens sont plus enclins à entamer la conversation avec des inconnus ou à les aider en présence d’un chien. Leur maitre apparait comme attentionné et empathique. Séduisante  qu’une promenade canine à deux!

En résumé: Interactions des zones cérébrales entre elles, afflux d’ocytocine, intervention du nerf vague( calme et facilite le lien avec autrui), synchronie bio comportementale, mimétisme, mécanisme d’erreur d’attribution, intersubjectivité . On est tres loin des images d’Epinal, des clichés entourant le ‘ coup de foudre’ dès le premier regard échangé.

Quels sont les autres facteurs pouvant expliquer la réussite de cette première rencontre? Rencontre amoureuse ou amicale , la louve continue son observation. Devant un échange de signes, une progression graduée de messages, une éventuelle clarification des ambiguïtés, ils s’approchent , ils s’apprivoisent et tendent à se toucher émotionnellement et affectivement , ces deux individus singuliers, adultes et consentants. Peut-être ce ne sera qu’une camaraderie amoureuse, un plan cul , des potes de baise , des réguliers. Peut-être débuteront-ils une relation sexuelle sans sentiment amoureux , mais dans le respect et la dignité, parce qu’ils s’aiment bien mais sans attachement ou investissement une relation sans engagement permettant de mettre du piment dans leur  vie sexuelle et affective, leur  quotidien sans bouleverser l’organisation « familiale » , satisfaire un désir en un instant T  ou connaitront-il un amour romantique, un lien affectif et une intimité, la joie, l’émotion profonde, la connivence, la conscience spirituelle, le plaisir incroyable, l’extase transcendantale. Lorsque les émotions de durée fugace laissent  place à un sentiment plus profond , un état éphémère mais qu’ils pourront renouveler à l’infini et l’intention de contribuer au bien-être de l’autre, engendrant  une sollicitude mutuelle. Cette résonnance affective se nourrit de sérénité, joie, amusement, gratitude, espoir,   confiance, bienveillance. Quand l’amour s’en mêle l’un occupe une place très importante dans la tête de l’autre, parfois toute la place et on a envie de changer pour cet autre : l’envie de danser ou de chanter survient, l’envie d’être plus beau, plus efficace, plus agréable et plus créatif. On se sent pousser des ailes, on et sur un petit nuage . C’est l’intervention de  la phényléthylamine , substance chimique cérébrale qui déclenche des sensations d’allégresse, d’exultation et d’euphorie. Le coup de foudre est l’état d’un cerveau submergé d’amphétamines naturelles : Ils sont alors en amour avec les sensations éprouvées devant l’image qu’ils se font  de l’être aimé. Il faut chercher à continuer à plaire tout en complimentant, en mettant en valeur les qualités, les points forts, les particularités , tout ce qui fait l’admiration d’être avec une personne unique et singulière. Chaque rencontre, chaque moment de synchronicité, chaque partage dans l’intime  fait produire au cerveau des  endomorphines. Elles  transforment la passion en attachement amenant  sécurité, stabilité et tranquillité loin de l’envie, la colère, la jalousie, la peur panique de perdre l’autre .

L’attachement excessive devient une dépendance . Quand le lien affectif devient pathologique et bascule dans l’addiction. Besoin d’être aimé, support illusoire d’un besoin d’être reconnu , de combler une impression de vide . On est loin d’agir pour le bien de soi (plaisir d’offrir) et pour le bien d’autrui que l’on désire voir gagner en autonomie et en santé , dans la joie de donner sans compter  sans envahir  l’autre. Aimer sans attendre de retour et sans chercher à prouver ou mériter.

Ces deux humains , sur le point de connaitre l’amour ne se sont pas trouvés par hasard. Ils n’étaient pas seuls à ce premier rendez-vous mais six , eux et chacun de leurs parents respectifs . Ils sont séduits par celui qui a  des traits communs avec l’un ou les 2 parents ou avec  l’image fantasmée du parent absent . Au cours de l’enfance, l’humain est  naturellement dépendants de l’amour de ses parents, programmé biologiquement pour s’ attacher. C’est une question de survie .Si au cours de l’enfance et de la phase de  construction psychique, l’adulte en devenir n’a vécu aucune autre expérience affective que celle reçue de ses « géniteurs » ou éducateurs    , il le répète sous cette seule forme d’amour, attiré toujours par le même type de personnes,  dans les mêmes fonctionnements personnels , le même système  relationnel à la recherche de  substituts de ces parents-là.

Cet enfant intérieur blessé parasite le moi adulte, le contamine et en fait un petit moi égocentrique. L’enfant blessé réclame à cor et à cri une mère ou un père de substitution. Parfois, cet enfant intérieur est furieux, triste ou terrifié. Il cherche à rencontrer  des personnes sur laquelle il projette  une  partie refoulée ,voire honteuse de lui-même. Attiré, il cherche à l’extérieur de lui ce qui a été réprimé dans le but inconscient de retrouver l’ intégralité perdue  ( reprouvé des émotions, des besoins, des désirs , des forces et des particularités )  et d’en retirer des éléments affectifs , tels que des compliments, des récompenses , de  plaire  et de satisfaire : une forme de valorisation , de reconnaissance , tout ce qui a pu manquer dans les besoins fondamentaux psychiques de vie de  petit enfant :être aimé, reconnu, sécurisé, accepté, compris et écouté par ses 2 parents tout en affirmant  librement ce qu’il est , c’est se sentir valorisé, important à leurs yeux . Par le dialogue, en bonne communication , les deux humains pourront faire découvrir à l’autre son mode de fonctionnement, son système relationnel.  Être conscients des 2 fonctionnements , accueillir sans jugement  les propres blessures, les réactions de défenses et les propres besoins non satisfaits  amène naturellement à l’interdépendance, ou également appelé la cooptation, la recherche de synergie avec les autres et surtout avec le partenaire. Dans ce type de relation, plus besoin de dominant ou de dominé, de prise de pouvoirs, d’attentes implicites, seule la volonté de convergence vers des stratégies communes (qui ne peuvent exister sans interaction avec l’autre) compte. Peu importe de savoir qui pose le problème ou qui apporte la solution, c’est la coopération qui est à l’honneur, chacun y contribuant à parts égales. Ce type de relation dépassant l’individu demande une grande confiance en soi car l’égo n’y est que très peu nourris, c’est le collectif et le mouvement qui prennent le pas sur le personnel et la sécurité contrôlée. Des systèmes relationnels qui ne fonctionnent pas de façon sereine .  bourreau / victime. Sauveur/ affligé. Abandonnique/ déserteur. Manipulateur/manipulé. Persécuteur/ Persécuté. inferieur/ supérieur. Envahisseur/ envahi. Juge/ coupable. Dans une relation d’autonomie on n’est pas préoccupé avant tout par l’amour de soi à travers l’amour que l’on prétend porter à l’autre. Au lieu d’être obsédé par l’autre, on est concerné par son bonheur ; au lieu de vouloir le posséder, on se sent responsable de son bien-être ; au lieu d’attendre anxieusement une gratification , on sait donner et recevoir avec joie et bienveillance.  C’est aller avec ouverture , compassion et générosité, c’est s’offrir à eux, se réjouir de leur présence et leur révéler leur valeur et leur beauté. C’est un acte généreux  à rechercher le bien de l’autre, quitte à en payer le prix. L’amour est passager, transitoire, impermanent.. Il nait, il change, il mute, se déplace, il meurt. Le coup de foudre du départ ne dure pas, la beauté  s’estompe, , la routine s’installe. Sans crier gare, cette resonnance s’éteint un jour, en dehors de toute circonstance rationnellement compréhensible. Elle peut être entretenue  plus pour l’autre que pour soi, grâce à la perpétuelle découverte de l’autre et de soi.

Magie d’une rencontre et de tous ces phénomènes physiques, biochimiques, comportementaux, psychiques, cognitifs et affectifs. Le cerveau et le corps se mobilisent au travers des émotions et de leurs expressions. Jeu de séduction , ouverture , charmer pour une heure , une vie de façon autonome ou en dépendance pathologique. De l’enfant intérieur à l’adulte mature et responsable , autant d’enjeux dans ces premiers instants amenant à une relation interpersonnelle au travers du  partage d’une ou plusieurs émotions positives, la synchronie entre le comportement et les réactions physiologiques de deux humains .Leurs cerveaux , quand liés  par une conversation, adoptent des configurations neuronales très semblables et entrent en résonance. Cela  peut durer un certain temps, voire s’amplifier en  réverbération d’un écho, jusqu’à ce que, inévitablement, comme c’est le sort de toutes les émotions, elle s’évanouisse. Ce moment de lien relationnel n’ est pas un état d’âme stable gravé  pour des mois ou des années : c’est une émotion passagère mais renouvelable à l’infini qui peut prendre de nombreuses formes diverses et variées d’une invitation  à cultiver les liens permettant de développer des relations durables, polyvalentes et productrices de plaisir : une amitié . D’un continuum moral, ensemble des actes qui préparent et accompagnent, suivent la rencontre sexuelle éventuelle à la naissance d’une relation affective entre ces deux humains en amour et pourquoi pas avec l’humanité entière .

 Pistes : De quels systèmes relationnels êtes-vous prisonnier? Colette Portelance

 Ces micro-moments d’amour qui vont transformer votre vie : Une approche révolutionnaire de l’émotion suprême . Barbara Fredrickson.(Poche-Psychologie)Marabout.

Le jeu de la séduction, la dépendance affective, la relation amoureuse :  Ressources en psychologie sur le Net

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