Le bel amant

Il avait ce don de pouvoir  s’abandonner dans l’instant à un certain élan pour l’éprouver plus intensément, de savoir donner une « éthique » à ses relations multiples. Ce n’était pas un collectionneur de nouvelles conquêtes, un consommateur de kilos de viande. Des poulettes, des dindes, des grues, quelques oies blanches, des thons parfois, ah non rien de tel à son menu . Trop respectueux des femmes , si loin de ce principe de domination phallique qui continue à ancrer les stéréotypes, les comportements de ses semblables masculins , notre héros  du jour est  l’amant idéal, l’ami, le confident, le complice que de nombreuses femmes rêvent de rencontrer. Il est celui qui, apres un moment intime et charnel où la sensualité est quasi plus présente que la sexualité, vous entraine dans de longues discussions passionnantes où la spiritualité caresse les âmes ,une fois les corps physiques réjouis. Notre personnage du jour a tellement d’étiquettes qu’il en sera difficile de le classer dans une seule catégorie. Vous en conter toutes les facettes inspirera la Louve pendant des décennies. Laissons tomber aujourd’hui son côté pansexuel, libertarien, pro féministe, ses relations fissionelles ou polyamoureuses, ses amitiés sexuelles pour nous pencher sur sa masculinité féminine .

Il fait partie de cette race d’homme dont Gérard Verroust lors du Colloque international de Nice, en Janvier 1996  » Paul Eluard a 100 ans » met en avant  les caractéristiques spécifiques d’une autre masculinité dans son intervention au titre :  » Paul Eluard est-il lesbien? Le bel amant, un homme lesbien, mais qu’est-ce donc?

Attentif, attentionné , dans le plaisir perpétuel de donner à sa partenaire pour en recevoir le retour, cet amant aimant est caressant, entourant , adepte de la circlusion et non pas d’un banal coït vide couilles , garde à vous missionnaire, masturbation virile intra vaginale, véritable excision et infibulation psychique occidentale. Cet amant-là, cet « aimant » est l’anti thèse du machiste, dominateur, agressif , brutal, rival de tous les hommes et prêt à tuer par ses mots, ses poings, son psychisme. Il porte douceur, bienveillance. Il est d’une sensibilité exacerbée et ose dévoiler ses émotions, ses sentiments. A l’écoute et devançant même les envies, les désirs de sa partenaire ,il est frotteur tout en tendresse, cajoleur sensuel avant sexuel. Il vous fait l’amour, il ne baise pas ni ne « foutre »; aucun mot cru, grossier dans son vocabulaire érotique. Il ne « prend » pas la femme qui se « donne ». L’acte sexuel est une communication physique, affective, un partage raffiné tres ludique et joyeux issus d’une complicité amoureuse ou amicale. Car, oui la femme est son amie, son égale dans la différence et complémentarité. Il est dans l’échange, la communication, le don réciproque . Ce qui l’attire chez la femme , c’est sa personnalité bien avant son physique .Porté par une curiosité naturelle , il se laissera séduire par un trait de caractère qui donnera d’autant plus de relief à la couleur des yeux, des cheveux , à la carnation de sa « belle » . Il fond de bonheur en cueillant la jouissance de celle qu’il tient entre ses bras et en vibrera à son tour.

Cet être sensible n’est pas issu d’un modèle familial matriarcal, élevé depuis sa plus tendre enfance entouré d’une fratrie uniquement constituée de filles, avec l’absence d’un père. Il pourrait être le porte-drapeau de la générations de petits garçons à qui on inculque tres tôt le respect des femmes, la considération, les droits, l’égalité sociale, professionnelle, politique. En l’occurrence, notre bel amant s’est éduqué seul en ce domaine. Il est naturellement altruiste, ne tient pas compte d’une quelconque identité sexuelle . C’est un être humain qui porte en lui  l’amour et la joie, l’émotion profonde, l’intimité, la connivence, la complicité, la bienveillance, la sensibilité, la tendresse, la gratitude, la compassion, la confiance, l’affection.

Non, ce n’est pas dressé le tableau de l’état de grâce de n’importe quel homme amoureux. Notre  » bel amant », ici présent l’est ainsi , 24 heures sur 24. Qu’il entende une réflexion désobligeante, une blague graveleuse sur une jeune fille, la boulangère, la passante dans la rue , il réagit de suite et remet l’indélicat à sa place d’un bon mot, d’une réplique humoristique , d’un geste calme. Il est pro féministe, apportant son aide auxiliaire dans la solidarité et l’entraide, au travers de ses savoirs, savoir-faire, savoir être. Il est un homme qui aime les femmes comme une autre femme le ferait. Non, comme un être humain aime tout simplement un autre être humain .

Notre homme présente donc un profil sexuel, affectif et culturel  tel que décrit par Gerard Verroust, développé par d’autres auteurs comme Jean Markale en 2009 dans « l’homme lesbien.Précédé de Tombeau de Merlin ou Jean Markale, poète de la celtitude, par Claire Fourier.Editeur : Jean-Paul Rocher.Collection : Les fruits défendus  paru en 2009.

« he lesbian »  francisé en homme lesbien , la première trace de cette appellation daterait de 1978 , titre d’un roman de François Coupry comme le note Gerard Verroust. Vous trouverez sur le Net l’intégralité de son intervention retranscrite .

Finir cette première ébauche du portrait de ce bel amant là comme G. Verroust l’a fait par 4 vers écrits par Paul Eluard :

Nous n’irons pas au but un par un mais par deux

Nous connaissant par deux nous nous connaîtrons tous

Nous nous aimerons tous et nos enfants riront

De la légende noire où pleure un solitaire.

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