L’été propice aux rencontres- Avant le désir, la séduction; estime de toi ou de soi ?

L’été , souvent synonyme de soleil, de farniente est pour certains l’occasion de faire de nouvelles rencontres . Des amitiés peuvent s’y forger , des passades , des coups de cœur, des coups d’envie . Les corps et les âmes  se dévoilent , se montrent et cherchent à se frôler, se toucher , se séduire. Ah l’art de la séduction.

Il  y existe toute une série  de rituels et de codifications chez les humains comme il en est des danses et parades  » amoureuses »  chez les animaux . Dans la mythologie, Zeus, pour s’approcher de Leda , fille du roi de Sparte, se transforme en cygne, puis prend l’apparence d’un taureau blanc pour Europe. La période médiévale et ses joutes chevaleresques ou verbales nous sont décrites dans les poèmes et odes . L’amour courtois se conte en schémas stéréotypés , en occident. Au XVIIème siècle, le libertinage se promène sur la carte du tendre où chaque étape s’anime de jeux de mots, mimes , chants et danses imagées : passer par la tendre estime, croiser la sincérité, sauter sur la case tendre passion , et comme au jeu de l’oie ou au Monopoly , éviter les cases piégées comme le lac d’indifférence ou la mer de l’oubli. Là, vous ne repassez pas par la case  seconde chance , impossible de relancer les dés ou de sortir sa carte « joker  » .

 » La séduction est de l’ordre du rituel, le sexe et le désir  de l’ordre du naturel  » écrit Jean Baudrillard ,  sociologue et philosophe  en 1979 dans : « De la séduction » , Editions  Galilée . L’anatomie est le destin, la séduction  un travail du corps  par l’artifice ( absence du sens )  et non par le désir ( source d’énergie ) . Maquillage , apparat dans la tenue , gestualité . Il note un déplacement, pour les mécanismes mis en jeu dans la séduction, du sexuel, du biologique  vers le domaine du signe, du code , du volontaire … c’est surenchérir , souligner de façon ostentatoire et codée  cette anatomie . La séduction est supérieure au pouvoir  car elle est réversible. Le pouvoir s’appuie sur l’unilatéralité d’un rapport de forces . Ce rapport est de l’ordre de la production linéaire avec un début , une fin , un sens . Ce peut être toujours mis en défaut par la séduction qui induit un défi de réponse (  défi de séduire à son tour exposant au fait d’être séduit ).

Réinterprétation du mythe de Narcisse : il ne tombe pas amoureux de son image vivante, mais au contraire d’une absence de profondeur, d’un « abîme superficiel ». Le fait d’être séduit renvoie à une tentation de mort : « Séduire c’est mourir comme réalité et se produire comme leurre » .

La séduction devient un acte de communication inscrit au sein d’un vaste registre que se disputent les publicitaires  et les hommes politiques autant que les amants . La poésie laisse place à des stratégies  de  rhétoriques et marketing . Les campagnes électorales et leurs promesses ( de l’ordre du fantasme, du rêve , du leurre au-delà des utopies ) et la réalité des mesures gouvernementales mises en application , une fois le passage de la séduction au pouvoir , en sont une parfaite illustration en politique .De même , une fois l’acquisition du « produit de consommation » convoité , le plaisir n’est pas toujours au rendez-vous .

La séduction « post moderne » fait abstraction du langage culturel, du poids éducatif, de la moralisation, elle fait fi des conventions . Cela n’est pas toujours vrai . Outre Atlantique , la codification et les règles de  » bonne conduite » en matière de séduction amoureuse sont toujours de mise . Les patterns  bien ancrés guident les limites des permissivités, de la spontanéité du premier rendez-vous, du moment « autorisé » de l’échange du premier baiser etc …. La gravité et la dramatisation sont de mise . Questionnement sur ce que l’autre va penser  de l’image reflétée ne laissant aucune liberté à exprimer son vrai être et ne rester que dans le  » paraître » . Peut être plus facile à changer de paradigme en 2 me partie de vie lors d’une nouvelle croisée de chemin en apprenant à s’ouvrir totalement à l’autre .

La psychanalyse explique que ce n’est pas la rencontre de 2 personnes , mais de 4 fantômes . L’héritage paternel et maternel trans générationnel s’invite dans la danse des représentations personnelles . Les histoires familiales se répètent . Les loyautés vis-à-vis de soi -même sont empoisonnées par les amours œdipiennes : elles sont parasitées par la recherche plus ou moins conscientes d’un trait de caractère , d’un sentiment , d’une fugace partie du passé affectif . Des lors , il n’y a pas de nouvelle dynamique  de l’ordre du désir : notion de perdre pied , de tomber au vrai sens du terme lorsque l’autre vous fait bousculer vos repères .

Il est difficile de faire le vide , de nettoyer les cases  emplies des blessures affectives  ( expériences malheureuses, fusion, séparation , dépressions ), les déceptions, la rancœur, la tristesse, la colère et les non -dits.

La rencontre amoureuse est mêlée de peur, de désir et de fantasme . Il faut savoir sortir des attentes et dénicher l’imperfection , la faille , la faiblesse , faire la part entre la réalité et l’imaginaire, l’affect et l’intellectualisation  pour laisser exprimer la part animale qui est en soi et passer dans l’ordre du ressentir l’autre totalement. Prendre le risque , oser se dévoiler loin des contingences sociales, ethnologiques , religieuses .

Le succès d’une rencontre  » ouverte » est d’ accepter de se laisser surprendre par l’autre et par soi même. Ce n’est pas  se découvrir dans l’autre , mais découvrir à travers et grâce à l’autre le meilleur de soi même .

Passé le premiers contact , la rencontre amoureuse modifie l’état physiologique  . Le signe des mains moites , de la modification de coloration cutanée à des zones comme les joues , le buste en témoigne . L’accélération du rythme cardiaque est notable à la sonnerie du téléphone, le petit coup frappé à la porte, la découverte du mail ou du texto ou de l’enveloppe colorée , personnalisée dans la boite aux lettres . C’est ressentir la pulsion de Vie, l’énergie , l’attention , la spontanéité ou le mystère .

Loin d’être sécurisant , la sérénité et la tranquillité ne sont pas de mise : répondre à cette rencontre  n’est pas aller stagner dans un havre de paix , c’est au contraire oser affronter les tempêtes d’émotions , aller ramer parfois à contre courants en renouvelant sans cesse les efforts de partir à la découverte de l’inattendu , de la surprise . C’est aussi permettre à la partie  » enfant enfoui en soi » de rejaillir . Envie de sauter dans tous les sens , de rire  aux éclats, de chanter à tue tête, de crier ses émotions au monde entier, ou de se sentir au milieu de la foule avec l’être aimé comme seuls sur une île déserte et de ne pas tenir  compte de leurs regards en s’enlaçant, s’embrassant … Profiter d’être dans cet instant d’énergie de vie et de création, d’expression en étant « ici et maintenant » totalement dans l’instant présent , sans entrave .

Le plaisir de se sentir désiré, objet d’attention donne cette énergie positive  , renvoit aux notions de confiance en soi , d’estime , de reconnaissance et d’amour de soi . Il permet alors de se livrer et de se donner dans ce qui est vrai et entier dans sa nature et dans le respect , ses talents, ses défauts, ses faiblesses et ses forces, dans ses essences : dévoiler son âme, passer de l’externe à l’interne, du superficiel au profond , du personnel à l’intime .

Tomber amoureux , cette chute est ressentie également dans la peur et la crainte . Physiologiquement elle est ressentie parfois avec  des manifestations d’ angoisse: boule au ventre , papillons, état vertigineux, nausée et crampes, serrement de gorge, difficulté à déglutir.  Ces expressions corporelles s’expriment aussi dans le désir : électricité, fourmillement , tension musculaire, tremblements, frissons , sensibilité exacerbée, réveil des zones érogènes, chaleur. La stimulation du système limbique, de l’amygdale déclenche la sécrétion d’ocytocine , véritable hormone d’amour . Cortisol et testostérone  entrent dans la danse du désir et de la motivation  Ce lien entre l’affect, le désir et la physiologie crée  une révolution bio chimique et les manifestations physiques , parfois source de créativité, d’inspiration artistique par invasion des émotions, peut au contraire devenir paralysante, frustrante  par son action hors des limites de la zone de confort . Une vision occidentale, dirigée par des émotions négatives rendent difficile le fait d’accepter de perdre le contrôle, de se laisser émouvoir par l’autre .

A noter le paradoxe du sens de la vision . Les informations visuelles  sont porteuses d’indications sur le patrimoine génétique , sur le potentiel de reproduction tout autant que les phéromones . Le jeu de séduction , les parades animales nous rapprochent de cet état de nature . Ceci , avant même la moindre parole échangée , entre dans les premières secondes d’interaction .   Mais l’amour rend aveugle dit-on . Un phénomène de création d’illusions positives  apparait comme de rendre plus belle la personne que nous apprenons à connaitre et à apprécier sur des critères autre que physiques. Le cerveau semble adopter  alors un mode sélectif des informations  remarquant moins les « jolis visages » autour ou perdant momentanément les voies de décryptage des signaux de séduction envoyés par d’autres .

Rencontrer, décoder, se laisser envahir , perdre le contrôle en tombant  amoureux . Quelle chute . Mais aussi quelle découverte de soi dans la générosité, la créativité, la noblesse d’âme et de sentiment, la disponibilité et l’opportunité de donner et de recevoir, de ressentir une autonomie et une maîtrise de soi , une confiance et une estime de soi grâce à l’autre, dans un bouleversement physique , chimique, émotionnel , intellectuel et spirituel , dans cette énergie de Vie.

Désir, séduction, amour , richesse de sentiments et de sensations que peuvent apporter les rencontres . Sous le soleil ou la pluie de vos vacances , laissez-vous porter par la météo du cœur et osez tomber. Se relever et repartir du bon pied n’est pas si difficile :  après la pluie , le beau temps , après les parapluies  les parasols .

N.B : Article paru dans un autre blog avant que je ne devienne lo(u)ve.

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